David Bland, auteur de Testing Business Ideas (Testez vos idées business pour le titre de la traduction française) et Kevin Dahl, directeur d’ElevateIP Alberta chez Innovate Calgary, examinent comment mieux concilier votre stratégie d’affaires et les questions de PI. Pensez à recueillir des données concrètes auprès de vos clients avant de dépenser une fortune pour développer un produit inadapté. Apprenez à identifier vos hypothèses commerciales les plus risquées à l’aide de cadres pratiques et à structurer stratégiquement votre processus de test afin d’éviter de divulguer ou de compromettre accidentellement votre précieuse PI.
David Bland, auteur de Testing Business Ideas (Testez vos idées business pour le titre de la traduction française) et Kevin Dahl, directeur d’ElevateIP Alberta chez Innovate Calgary, examinent comment mieux concilier votre stratégie d’affaires et les questions de PI. Pensez à recueillir des données concrètes auprès de vos clients avant de dépenser une fortune pour développer un produit inadapté. Apprenez à identifier vos hypothèses commerciales les plus risquées à l’aide de cadres pratiques et à structurer stratégiquement votre processus de test afin d’éviter de divulguer ou de compromettre accidentellement votre précieuse PI.
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Maya Urbanowicz (Maya) : Vous écoutez « Voix de la PI canadienne », un balado où nous discutons de propriété intellectuelle avec des professionnels et des intervenants du Canada et d'ailleurs. Vous êtes entrepreneur, artiste, inventeur ou simplement curieux? Vous allez découvrir des problèmes concrets – et des solutions concrètes – ayant trait au fonctionnement des marques de commerce, des brevets, du droit d'auteur, des dessins industriels et des secrets commerciaux dans la vie de tous les jours. Je m'appelle Maya Urbanovich et je suis votre animatrice d'aujourd'hui.
Les points de vue et les opinions exprimées dans les balados sur ce site Web sont ceux des baladodiffuseurs et ne reflètent pas nécessairement la politique ou la position officielle de l'OPIC.
L’enregistrement original de l’entrevue a été fait en anglais. Vous écoutez la version française dans la voix hors champ réalisée par Nicolas Déziel et André Gallant aux noms de David Bland et Kevin Dahl.
Si vous êtes un entrepreneur, un créateur ou un conseiller qui travaille sur une excellente idée pour le développement d’une marque ou d’un concept d’entreprise, vous comprendrez probablement l’importance de protéger ses actifs par des droits de propriété intellectuelle tels que les brevets, les dessins industriels et les marques de commerce. Vous devrez également valider votre concept commercial afin d’en comprendre la valeur et de vous assurer que votre investissement dans la protection de la propriété intellectuelle et dans l’entreprise est rentable. Alors, devriez-vous prioriser le développement de l’entreprise ou la protection de la propriété intellectuelle? Ou devraient-ils aller de pair? Dans cet épisode, nous allons aborder ces questions avec David Bland, auteur de Testing Business Ideas. David connaît tout sur la validation des concepts commerciaux avant de s’engager dans la protection de la propriété intellectuelle. Nous accueillons également Kevin Dahl, directeur d’ÉleverlaP.I. Alberta chez Innovate Calgary, qui partage son expérience directe sur la manière dont les entrepreneurs ont réussi à naviguer dans le processus de validation. David et Kevin, bienvenue dans notre balado.
David Bland (David) : Merci de m’accueillir.
Kevin Dahl (Kevin) : Merci de m’accueillir.
Maya : David, je pense que je vais commencer par vous. Parlez-nous un peu de vous et de la raison pour laquelle vous avez décidé d’écrire ce livre.
David : Oui, j’ai surtout travaillé dans le domaine de la conception et des entreprises en démarrage. J’ai passé les 10 ou 11 premières années de ma carrière après l’université à travailler dans différentes entreprises en démarrage. Et vous savez, parmi ces expériences, je considère que l’une d’elles a connu un grand succès. Nous avions mal identifié notre client au départ. Nous pensions vendre aux consommateurs et nous avons fini par trouver notre marché auprès des banques et des conseillers financiers. C’est à ce moment-là que nous avons pris notre envol et que nous avons connu le succès. Les quelques autres entreprises en démarrage avec lesquelles j’ai travaillé n’ont cessé de construire, de produire, de protéger et d’améliorer l’apparence et la qualité de leurs produits, mais les clients n’étaient jamais tout à fait réceptifs à ce que nous produisions et n’étaient pas prêts à payer assez cher pour le produit. Celles-là n’ont pas très bien réussi. Je pense que cela a influencé toute ma carrière, et un peu après 2010, j’ai fait la transition vers les services de coaching et de conseiller. J’ai constaté que je donnais toujours les mêmes conseils aux entrepreneurs, même dans la Silicon Valley et ailleurs dans le monde. Mon co-auteur, Alex Osterwalder, basé en Suisse et auteur des livres Business Model Generation et Value Proposition Design, m’a proposé d’écrire un livre sur tous ces conseils que nous donnons, encore et encore. Il n’a pas eu besoin de me convaincre; j’ai accepté immédiatement. L’objectif du livre était de présenter ces conseils dans un format différent, pour aider les gens à découvrir et valider leurs idées de manière concrète au quotidien. C’était un projet passionnant pour moi, visant à aider les gens, et avancer et à élargir leurs horizons au-delà des simples interviews et sondages, pour qu’ils aient plus d’options.
Maya : C’est très bien. Parlons un peu de ce que vous avez écrit dans le livre. Pouvez-vous nous expliquer les principes fondamentaux de votre approche pour tester les idées et en quoi ils sont différents des méthodes traditionnelles?
David : Oui, c’est une question d’état d’esprit. Il faut garder l’esprit ouvert, avoir une vision, mais la confronter à la réalité. L’idée ici est de reconnaître que nous pouvons nous tromper. Il faut aller vérifier et voir si les gens se comportent réellement comme ils disent qu’ils se comporteraient. Les principes de base de mon approche dans le livre concernent l’identification de vos hypothèses et ce qui doit être vrai pour que votre idée fonctionne. Ce n’est pas seulement une question de client, mais aussi de prix, de coûts et de votre capacité à exécuter. Ensuite, il faut établir l’ordre de prioriser ces hypothèses et les tester. Une grande partie de ce processus en 3 étapes consiste donc à aider les gens à comprendre le type de risque qu’ils prennent. Je m’inspire souvent de la réflexion conceptuelle, en la structurant autour des notions de désirabilité, de viabilité et de faisabilité, un peu comme les questions « Est-ce faisable? », « Devrions-nous le faire? », « Pouvons-nous le faire? », ce qui doit être vrai pour que tout ça mène à une entreprise et un produit réussis. Une fois que tout est clair, il faut se concentrer sur les hypothèses les plus risquées ou les aspects critiques. Tout n’est pas de la même importance, n’est-ce pas? Certains éléments sont cruciaux, tandis que d’autres peuvent attendre. Ensuite, il faut évaluer les preuves accessibles pour soutenir ces hypothèses. Le processus est assez simple : gardons l’esprit ouvert, testons, et utilisons ces tests pour orienter notre stratégie et notre approche. De manière générale, on pourrait dire que c’est une sorte de méthode scientifique appliquée aux affaires, mais je dirais que cela s’apparente davantage aux sciences sociales.
Maya : C’est génial, j’adore! Surtout pour quelqu’un qui travaille au croisement des concepts commerciaux et de la compréhension et de la protection de la valeur de ces concepts. Vous avez mentionné que vous avez donné des conseils pendant un certain temps maintenant. Quels sont les pièges courants auxquels les entrepreneurs sont confrontés lorsqu’ils testent leurs idées commerciales et comment peuvent-ils les éviter?
David : Oui, il y a quelque chose de fascinant chez les entrepreneurs, comme s’ils vivaient dans une réalité un peu déformée, où personne ne peut leur dire que leur idée est mauvaise. Ils sont déterminés à prouver le contraire, et effectivement, ça a été le cas à certaines époques. Certaines des entreprises qui ont le plus réussi au courant des 10 ou 20 dernières années ont été considérées comme des idées folles au départ. Pourtant, elles ont fini par réussir. Il y a donc une certaine persévérance qui peut être bénéfique, mais il faut aussi trouver un équilibre avec la réalité. Est-ce qu’il y a vraiment de l’intérêt pour ce que vous proposez? Est-ce qu’il y a quelque chose pour laquelle les gens sont prêts à payer suffisamment, que ce soit pour répondre à un besoin, résoudre un problème ou apporter un avantage? Il est important de ne pas tomber dans le piège de vouloir persévérer à tout prix, en ignorant les retours, même ceux des clients. Souvent, les entreprises passent par de nombreuses versions avant de trouver un modèle commercial réussi et reproductible, que ce soit du point de vue du modèle commercial ou de la propriété intellectuelle. Un piège fréquent est de vouloir avancer malgré tout, en ignorant les retours, en pensant savoir ce qui est le mieux. Un autre piège est le fossé entre ce que les gens disent et ce qu’ils font. Parfois, on se fie à des réponses de sondages ou à des déclarations d’entretiens en pensant que ça reflète exactement leur comportement futur, mais souvent il y a un grand écart entre les deux. On voit beaucoup d’entrepreneurs se précipiter à construire leur produit après avoir reçu un retour positif, sans prendre le temps de confirmer ces retours avec des étapes intermédiaires. Cela peut mener à dépenser beaucoup d’argent pour découvrir si l’on a raison ou tort.
Maya : Absolument. Ce n’est pas une approbation publique du livre, bien sûr, mais je pense que les principes qu’il expose sont vraiment très importants. Évidemment, au sein du gouvernement, nous ne pouvons pas faire de recommandation publique pour un livre. Cependant, je pense que vous avez travaillé avec de nombreux entrepreneurs qui ont vraiment besoin de faire ces tests. Alors, quels seraient vos conseils pratiques pour que les entrepreneurs puissent expérimenter et valider efficacement leurs concepts d’affaires, tout en travaillant avec un budget limité?
David : Eh bien, la bonne nouvelle, c’est que beaucoup d’inventions en phase initiale ne coûtent pas cher et peuvent se faire très rapidement. Bien sûr, avec le temps, il est nécessaire de générer des preuves plus solides; on ne peut pas simplement continuer à faire des interviews et des sondages, encore et encore, pour réduire les risques. Il faut poser des actions qui permettent de combler ce fossé entre ce que les gens disent et ce qu’ils font. Mais, de nos jours, surtout si l’on compare avec ce qui se faisait il y a 10 ou 20 ans, nous avons à notre disposition des outils que nous n’avions pas auparavant. Les modèles, les logiciels et tout ce qui peut aider à prototyper [sic] rapidement, même pour les entreprises en démarrage en « hardware ». Ils utilisent l’impression 3D de façon rapide, ce qui n’était pas possible avant. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe de nombreuses options pour aller vite et à moindre coût. Cependant, il est important de lier cela aux risques que vous prenez. J’utilise une technique appelée « cartographie des hypothèses » ou « assumptions mapping ». C’est une méthode utilisée par Google et d’autres grandes entreprises à travers le monde, qui consiste à prioriser les risques à un moment donné et à s’assurer que ce sont ces aspects-là que l’on teste, pas seulement les choses amusantes à faire. Si vous avez un profil très technique, il est amusant de construire et de créer des choses, mais cela ne réduit pas forcément vos risques. Parfois, le plus grand risque est de se demander si les gens sont prêts à payer suffisamment ou s’il y a un réel besoin derrière ce que vous souhaitez construire. Ancrer votre démarche dans la gestion des risques est donc essentiel. Mais encore une fois, dans les phases initiales, beaucoup de ces risques peuvent être abordés de manière rapide et économique. Il s’agit donc de faire des progrès, de créer cette dynamique qui vous aidera à orienter ce que vous allez construire par la suite.
Maya : Oui, c'est excellent. Nous allons maintenant nous tourner vers Kevin. Kevin, je suis ravie de vous avoir ici parce que vous êtes au Canada et que vous avez travaillé avec des entreprises en démarrage. Vous avez vu ce modèle être testé par les clients avec lesquels vous travaillez, et vous avez évidemment été témoin de tout cela directement. Ont-ils vraiment testé leur idée d'entreprise? Nous voulons tout savoir à ce sujet, mais d'abord, parlez-moi un peu d'Innovate Calgary et du genre de travail que vous y faites.
Kevin : Absolument, oui. Innovate Calgary est le bureau de transfert de technologie, le bureau de liaison avec l’industrie et l’incubateur d’entreprises à l’Université de Calgary. Nous faisons partie de l’équipe élargie de l’Université de Calgary ici en Alberta, et nous offrons une large gamme de services et d’occasions de financement pour aider les innovateurs à construire et à développer leur entreprise. Les services que nous proposons se regroupent autour de 3 grands piliers. Premièrement, nous avons plusieurs « hubs » d’innovation qui opèrent à Calgary et les environs. Nous avons une variété de « hubs » spécifiques à certaines industries, situés à la fois sur le campus et à l’extérieur, pour soutenir les entrepreneurs. Nous sommes également étroitement liés au Hunter Hub for Entrepreneurship, qui se concentre sur les étudiants-entrepreneurs. Ces « hubs » fournissent un ensemble de programmes et de services pour répondre aux besoins des entreprises en démarrage et des chercheurs visant à commercialiser leur technologie. Le deuxième pilier concerne les investissements. Nous gérons plusieurs fonds de démarrage qui relèvent de la marque UCeed. UCeed est très intéressant, car il est soutenu par un financement philanthropique et se concentre sur l’accélération des entreprises en phase de démarrage. Nous le qualifions souvent de « philanthropie de risque » (venture philanthropy), où nous utilisons un modèle durable qui ne crée pas seulement des retours financiers à court terme, mais qui a aussi un impact durable, espérons-le, pour les années à venir ici en Alberta. Le dernier pilier est la propriété intellectuelle. Innovate Calgary est officiellement le bureau de transfert de technologie de l’Université de Calgary. Nous avons une équipe diversifiée d’experts avec une grande expérience en commercialisation de la propriété intellectuelle, en création d’entreprises, ainsi que des perspectives sur les entreprises en démarrage. Avec le programme Elevate I.P. Alberta, nous nous situons dans ce pilier autour de la propriété intellectuelle, car nous étendons la portée de nos services pour les entreprises en démarrage au-delà du campus, au-delà de Calgary, pour vraiment travailler avec des entrepreneurs à travers toute la province. Nous travaillons aussi en étroite collaboration avec nos collègues du bureau de transfert de technologie. Ils jouent un rôle essentiel en nous soutenant, mon équipe centrale d’Elevate I.P. Alberta et moi, en partageant leurs expertises pour nous aider à atteindre certains objectifs que nous visons avec le programme.
Maya : C’est fantastique. C’est vraiment une période passionnante pour travailler avec la propriété intellectuelle, car il y a tellement de nouveaux acteurs dans le système qui aident les entrepreneurs à comprendre la P.I., et je suis vraiment ravie que vous soyez là. Maintenant, vous avez travaillé avec David, alors quels ont été les premiers défis auxquels vous avez été confronté lors de la validation des idées d’entreprise? Et comment avez-vous senti que cette méthodologie a répondu aux défis auxquels les entrepreneurs sont confrontés?
Kevin : Oui, malheureusement, je ne peux pas prendre le crédit pour avoir conçu notre programme afin de vraiment mettre l’accent sur cette connexion ou ce croisement entre la stratégie d’entreprise et la stratégie de propriété intellectuelle. Mais lorsqu’ils ont rejoint l’équipe l’année dernière, nous avions déjà pris la décision d’utiliser le « Business Model Canvas » comme outil pour nous aider et aider nos candidats à vraiment comprendre comment la propriété intellectuelle et la stratégie commerciale s’imbriquent. J’ai eu l’occasion, il y a plusieurs années, d’aider à développer et offrir des programmes éducatifs ici à Calgary, axés sur le « Business Model Canvas ». Donc, je connaissais déjà David, même si nous ne nous étions jamais rencontrés. Lorsque j’ai rejoint l’équipe, l’une des premières choses que nous avons remarquées, c’est qu’il fallait de la formation, tant pour les entrepreneurs que pour les conseillers, coachs et mentors que nous avons dans la province. C’est parce que souvent, et je pense que ça fait partie de ce que nous essayons de changer avec notre programme, les entrepreneurs ont l’impression que la propriété intellectuelle est une entité distincte qui n’est pas nécessairement liée à la stratégie d’entreprise. C’est l’un des grands défis que nous avons rencontrés et que nous avons essayé de relever lorsque nous avons contacté David. Nous l’avons fait venir pour animer des ateliers pour nos conseillers, coachs et mentors, pour les aider à utiliser le « Business Model Canvas », cet outil standard mondial de l’industrie qui existe depuis de nombreuses années. Comment les conseillers, coachs et mentors peuvent-ils utiliser le « Business Model Canvas » pour amener les entrepreneurs à réfléchir à la manière dont la propriété intellectuelle se rapporte à leur entreprise? Comme l’a souligné David, de nombreux entrepreneurs ont la mentalité : « Si nous le produisons, ils viendront », et je pense qu’en l’abordant sous l’angle de la propriété intellectuelle, c’est plutôt « Si je le protège, ils viendront ». Nous sommes vraiment heureux d’avoir fait venir David pour travailler avec notre réseau de conseillers, coachs et mentors en Alberta, pour les aider à poser les bonnes questions et à travailler avec les entrepreneurs pour voir cette connexion entre la stratégie d’affaires et la propriété intellectuelle, et ensuite pouvoir tester cela d’une manière qui ne les empêche pas d’avancer au sein de leur entreprise.
Maya : Parfait. Parlons de tout ça, car « Si nous le produisons, ils viendront », « Si nous le protégeons, ils viendront », nous savons que ça ne fonctionne pas comme ça. Alors, parlons de ces moments de prise de conscience. Pouvez-vous partager un moment spécifique où quelqu’un testait une idée d’entreprise et a eu cette révélation? Vous savez, cette prise de conscience décisive dans l’orientation de l’entreprise où ils se sont dit « ohhh »! Avez-vous quelque chose du genre à partager?
Kevin : Nous avons quelques exemples que je peux partager, et j’ai aussi des exemples personnels, mais je pense que voir certaines de ces illuminations soudaines au-dessus des têtes des participants aux ateliers avec David a été très révélateur. Je pense que cela démontre bien que plusieurs conseillers, coachs et mentors, même s’ils ont été des entrepreneurs en série ou s’ils ont beaucoup d’expérience dans les entreprises en démarrage, ne pensent pas toujours à cette connexion avec les preuves nécessaires, n’est-ce pas? Et ce n’est pas une solution unique pour tout le monde. Certaines entreprises peuvent aller plus loin dans les tests que d’autres, mais au final, toutes peuvent tester. Les preuves sont essentielles; tester est la manière de valider les entreprises soutenues par une propriété intellectuelle solide. C’est le message que nous répétons sans cesse dans nos ateliers. En dirigeant les entrepreneurs vers le « Business Model Canvas » et la validation, nous avons véritablement établi cette approche comme notre devise. Elle se révèle tout à fait pertinente. Comme vous le savez, je pense que David a fait un excellent travail dans ses ateliers en aidant les gens à penser différemment leur quotidien et à changer leur approche. Maintenant, un exemple de nos projets pilotes.Je ne citerai pas de noms d’entrepreneurs ou d’entreprises pour respecter la confidentialité, mais plusieurs entreprises ayant participé à nos projets pilotes avaient initialement considéré le dépôt de brevet comme une priorité cruciale. Cependant, lorsque mon équipe a terminé l’examen de leur demande et était prête à évaluer le travail, ces entreprises avaient déjà décidé de fermer leurs portes ou de modifier leur approche, abandonnant ainsi le développement du produit ou du service qu’elles avaient prévu. Il est donc devenu clair que, dans ce contexte, investir dans des brevets n’était pas justifié sans avoir préalablement validé le produit ou le service. Je pense que prendre la décision de changer de cap ou de fermer son entreprise est très difficile, et je respecte pleinement tout entrepreneur qui traverse cette épreuve. Mais ce que je ne comprends pas, c’est comment l’importance initiale accordée au dépôt de brevet était si déconnectée de la réalité de leur situation. À travers notre projet pilote de l’année dernière et maintenant avec le programme complet, nous avons constaté l’importance pour les entrepreneurs de fournir des preuves claires que leur propriété intellectuelle sera un facteur déterminant pour leur modèle commercial. Il est essentiel qu’ils testent et valident cela. Avec 95 % des brevets qui ne sont pas licenciés et qui ne génèrent aucune redevance, ce problème est considérable et au cœur de la question.
Maya : Oui, absolument. Avez-vous d’autres leçons précieuses pour les entrepreneurs ou des points clés à retenir de l’approche de David que vous partageriez avec d’autres entrepreneurs ou professionnels de la P.I.?
Kevin : Eh bien, nous en avons parlé un peu plus tôt, mais je pense que tester vos hypothèses commerciales n’est pas quelque chose de révolutionnaire, de bouleversant, qui n’a jamais été fait auparavant. Le livre de David met vraiment en lumière ces recettes ou ces modèles, ces processus que vous pouvez suivre pour tester et recueillir des preuves pour soutenir vos modèles d’affaires et le fait que la propriété intellectuelle est un domaine dans lequel il est judicieux d’investir votre temps, votre argent et une grande partie de votre attention, surtout lorsque, en tant qu’entreprise en démarrage, vous devez jongler avec de nombreux défis en même temps. Alors, la propriété intellectuelle devrait-elle être considérée comme une priorité à gérer dès maintenant? Je pense que c’est là que nous avons vu beaucoup d’entrepreneurs venir dans notre programme et assister à nos ateliers sans vraiment penser que la propriété intellectuelle et la stratégie d’affaires sont quelque chose que l’on peut tester. Je crois vraiment qu’en travaillant avec David, cette connexion se réalise, et j’espère que nous verrons des entreprises très prospères émerger du programme et continuer à croître ici en Alberta.
Maya : C’est génial, j’ai hâte de voir ça. Si je ne me trompe pas, vous aviez une question pour David, n’est-ce pas?
Kevin : Oui, c’est l’une des questions qui revient souvent et je pense qu’elle est très importante parce que lorsqu’on pense à des entreprises bien protégées par la propriété intellectuelle, l’un des plus gros problèmes ou défis est de savoir comment parler de son entreprise, de son idée, sans divulguer sa propriété intellectuelle. Alors David, quel conseil donneriez-vous aux entrepreneurs qui développent des entreprises basées sur une propriété intellectuelle solide pour tester leurs idées sans divulguer involontairement ou accidentellement leur propriété intellectuelle?
David : Je pense qu’il y a plusieurs perspectives différentes à considérer à ce sujet. L’une d’elles revient au « Business Model Canvas », n’est-ce pas? Ainsi, lorsque vous parlez de votre P.I., nous avons tendance à la placer dans la case des ressources clés. Considérez-la comme une ressource. Souvent, il faut comprendre la proposition de valeur de votre PI, comment elle peut créer de la valeur, et quel est votre segment de clientèle. En réfléchissant aux 9 cases du « Business Model Canvas », vous pouvez voir votre PI comme une ressource clé que vous utilisez pour entrer sur un nouveau marché ou vous développer, tout en créant une proposition de valeur pour un client. Une autre chose à considérer lorsque vous expérimentez est de planifier un peu à l’avance. Bien sûr, vos plans évolueront, mais vous devez y réfléchir. Par exemple, si vous travaillez sur du « hardware », le processus que nous décrivons dans le livre pourrait inclure des entretiens avec des clients, des prototypes en papier, puis une impression 3D. Ensuite, vous pourriez élaborer une fiche technique, créer un produit minimum viable en assemblant des technologies existantes, et finalement demander une lettre d’intention, une page non contraignante juridiquement, pour obtenir un engagement plus concret. Au fur et à mesure que vous avancez dans ce processus, vous divulguez de plus en plus. Donc, peut-être que, lorsque vous en êtes à l’étape de l’impression 3D, il est temps de penser à protéger votre P.I. Le processus est similaire pour les logiciels. Vous pourriez commencer par des entretiens, puis une analyse des tendances sur les forums de discussion, des tests utilisateur concurrentiels, et enfin créer un prototype interactif que vous pourriez essayer de prévendre avant de construire un produit minimum viable. Même à ce stade, où le prototype n’est pas encore connecté en coulisses, vous montrez quelque chose à quelqu’un, il y a une interface utilisateur à protéger. Il ne s’agit donc pas forcément de tout protéger en amont, mais de savoir à quel moment dans votre processus vous devez vous pencher sur la protection de votre P.I. C’est quelque chose que j’ai appris de vous, Kevin, au fil de notre collaboration.
Maya : Absolument, une stratégie de P.I. à chaque étape, j’adore ça. David, Kevin, c’était vraiment enrichissant. Merci beaucoup d’avoir partagé vos idées avec nous aujourd’hui. C’était un réel plaisir de vous avoir parmi nous.
David : Merci.
Kevin : Merci.
Maya : Vous venez d’écouter « Voix de la P.I. canadienne », un balado où nous parlons de propriété intellectuelle. Dans cet épisode, nous avons rencontré David Bland, auteur du guide pratique intitulé Testing Business Ideas. David a exposé les principes expliqués dans son livre et partagé quelques conseils pratiques sur la façon dont les inventeurs peuvent entamer la validation de leurs idées d’affaires avec un budget limité. Nous avons également rencontré Kevin Dahl, directeur d’Elevate I.P. Alberta chez Innovate Calgary. Kevin a partagé son expérience de travail avec David et des inventeurs canadiens à valider des idées d’affaires, soulignant l’importance cruciale de créer un lien entre une idée d’entreprise validée et la propriété intellectuelle. Pour en savoir plus, consultez la description de cet épisode où nous avons partagé des liens vers le site Web de David, Innovate Calgary et le « Business Model Canvas ».